Depuis lundi, il y a quatre jours, la France a un nouveau Premier Ministre ou plutôt une nouvelle Première Ministre. Quatre jours et toujours pas de gouvernement. Il s’était déjà écoulé 22 jours entre la réélection du Président de la République et cette nomination qui, constitutionnellement lui appartient.
On ne peut que s’interroger sur ces délais bien plus longs que l’usage le voudrait. En réalité, Monsieur MACRON qui se présente depuis 2017 comme étant le maître des horloges veut, une nouvelle fois, démontrer que c’est bien lui qui décide de tout sans avoir de comptes à rendre. Cependant le temps s’écoule inexorablement et nous rapproche d’une échéance de très grande importance, les élections législatives.
Le rassemblement de la Gauche inquiète le camp macronien, non pas parce que sera peut-être élue une majorité de députés soutenus par la NUPES et de dissidents de gauche mais surtout parce que la majorité sortante est loin d’être assurée d’obtenir à nouveau la majorité absolue à l’Assemblée Nationale. Or, il appartiendrait à la Première Ministre et aux membres du Gouvernement encore inconnus à cet instant de défendre le bilan du quinquennat écoulé et de formuler des propositions déjà plus ou moins connues.
On sait que le bilan comme les propositions suscitent des réactions plus que mitigées parmi nos concitoyens. Pour la macronie, il importe d’éviter le plus possible la confrontation et de tenter de s’abriter derrière la réélection de son leader pour obtenir un maximum de sièges de députés.
C’est une Première Ministre, c’est-à-dire une femme qui accède à des responsabilités importantes. Alors qu’une véritable égalité entre les femmes et les hommes a encore beaucoup de progrès à faire, cette nomination constitue un évènement non négligeable.
Néanmoins, nous sommes dans l’action politique et si Madame BORNE est une femme, elle est une femme de droite qui a accompagné pendant cinq ans une politique de droite et qui, sous la tutelle du Chef de l’Etat, conduira durant le mois à venir et peut-être au-delà, une politique de droite.
Certains commentateurs allant un peu vite en besogne présentent Madame BORNE comme une femme de gauche. Le fait d’avoir dirigé le cabinet d’une Ministre, alors socialiste, en l’occurrence Ségolène ROYAL, ne lui confère pas un label de gauche. C’est une « haute-fonctionnaire » qui a servi la République comme savent le faire ces personnes. Dès 2016, elle s’est rangée derrière le candidat MACRON comme l’ont fait, à cette époque, beaucoup d’opportunistes.
La composition du Gouvernement apportera des informations complémentaires sur ses intentions. Sa durée d’action est forcément limitée dans le temps. C’est au lendemain des élections législatives, le 20 juin prochain, que l’on pourra réellement connaître ce que sera la politique de la nouvelle majorité.
En attendant, nous pouvons faire référence au bilan de la majorité sortante et au projet du président réélu pour inciter les électeurs et les électrices à voter pour les candidats de gauche qui constitueront un rempart aux intentions libérales de l’exécutif actuel.
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Celles et ceux qui s’intéressent à l’avenir de la Gauche face à l’hégémonie réactionnaire dans notre société trouveront des éléments d’information et de réflexion dans le livre de Frédérique MATONTI publié chez Fayard : « Comment sommes-nous devenus réacs ? »