L’assassinat d’une fillette de 11 ans, dans le Gers, soulève une légitime émotion dans le pays. Chacun se demande si cela pourrait arriver à un de ses enfants ou petits-enfants, à l’un de ses proches. Cette approche accroît davantage encore l’émotion quand on apprend que cet assassinat a été précédé d’agression sexuelle et que la personne qui a été interpellée et suspectée a fait l’objet de plaintes dans un passé récent pour des actes de même nature. Ces plaintes n’ayant pas eu les suites judiciaires que l’on est en droit d’attendre, la colère fait suite à l’émotion et des exigences de sanctions à l’encontre des responsables, de lourdes condamnations des coupables, s’expriment.
Ni l’émotion, ni la colère ne permettent de régler un problème d’une telle gravité. Les responsables politiques doivent analyser sereinement les problèmes posés que cette affaire a mis sur le devant de l’actualité. Le moment est mal choisi pour formuler des déclarations intempestives comme l’a fait Monsieur RETAILLEAU ou l’extrême-droite ou pour faire de la communication comme celle à laquelle procède le Garde des Sceaux, Ministre de la Justice.
Annoncer des chiffres impressionnants concernant le nombre d’enfants agressés sexuellement ou la quantité d’affaires en souffrance dans les tribunaux, convoquer en urgence au Ministère de la Justice les procureurs généraux s’apparente davantage à une volonté de « noyer le poisson ».
Il faut d’abord situer les responsabilités des services de l’Etat, police, justice, dans le drame de Fleurance, dans le Gers. L’enquête administrative annoncée permettra d’en savoir plus. S’il apparaît que des fonctionnaires de police ou des magistrats ont commis des fautes, négligences ou autre, ils devront faire l’objet de sanctions. N’oublions pas cependant que ces fonctionnaires ou magistrats dépendent d’une hiérarchie dirigée par le Gouvernement et ses ministres concernés, Intérieur et Justice. Celui qui est au sommet de cette hiérarchie est le premier responsable des failles, des erreurs, des insuffisances qui ont eu des conséquences dramatiques. Or, le responsable comme son nom l’indique, doit assumer ses responsabilités et en tirer les conclusions morales qui s’imposent, présenter sa démission.
Cela ne ramènera pas à la vie la fillette assassinée ni ne règlera les problèmes de fonctionnement de la Justice qui apparaissent au grand jour. C’est au pouvoir politique de résoudre ces problèmes. L’autorité judiciaire, c’est ainsi qu’on l’appelle dans notre Constitution, est indépendante. C’est un des grands principes de notre République qui découle de « l’Esprit des lois » de MONTESQUIEU. Cependant, les moyens dont elle dispose et la politique pénale relèvent du Parlement et du Gouvernement. C’est donc bien à ce niveau qu’il faut décider des moyens budgétaires nécessaires et penser à une meilleure relation entre les services de protection de l’enfance, l’école, la police et la justice.
Quand cela sera réalisé, on pourra communiquer.