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lundi 8 juin 2026

Un drame

L’assassinat d’une fillette de 11 ans, dans le Gers, soulève une légitime émotion dans le pays. Chacun se demande si cela pourrait arriver à un de ses enfants ou petits-enfants, à l’un de ses proches. Cette approche accroît davantage encore l’émotion quand on apprend que cet assassinat a été précédé d’agression sexuelle et que la personne qui a été interpellée et suspectée a fait l’objet de plaintes dans un passé récent pour des actes de même nature. Ces plaintes n’ayant pas eu les suites judiciaires que l’on est en droit d’attendre, la colère fait suite à l’émotion et des exigences de sanctions à l’encontre des responsables, de lourdes condamnations des coupables, s’expriment.

Ni l’émotion, ni la colère ne permettent de régler un problème d’une telle gravité. Les responsables politiques doivent analyser sereinement les problèmes posés que cette affaire a mis sur le devant de l’actualité. Le moment est mal choisi pour formuler des déclarations intempestives comme l’a fait Monsieur RETAILLEAU ou l’extrême-droite ou pour faire de la communication comme celle à laquelle procède le Garde des Sceaux, Ministre de la Justice.

Annoncer des chiffres impressionnants concernant le nombre d’enfants agressés sexuellement ou la quantité d’affaires en souffrance dans les tribunaux, convoquer en urgence au Ministère de la Justice les procureurs généraux s’apparente davantage à une volonté de « noyer le poisson ».

Il faut d’abord situer les responsabilités des services de l’Etat, police, justice, dans le drame de Fleurance, dans le Gers. L’enquête administrative annoncée permettra d’en savoir plus. S’il apparaît que des fonctionnaires de police ou des magistrats ont commis des fautes, négligences ou autre, ils devront faire l’objet de sanctions. N’oublions pas cependant que ces fonctionnaires ou magistrats dépendent d’une hiérarchie dirigée par le Gouvernement et ses ministres concernés, Intérieur et Justice. Celui qui est au sommet de cette hiérarchie est le premier responsable des failles, des erreurs, des insuffisances qui ont eu des conséquences dramatiques. Or, le responsable comme son nom l’indique, doit assumer ses responsabilités et en tirer les conclusions morales qui s’imposent, présenter sa démission.

Cela ne ramènera pas à la vie la fillette assassinée ni ne règlera les problèmes de fonctionnement de la Justice qui apparaissent au grand jour. C’est au pouvoir politique de résoudre ces problèmes. L’autorité judiciaire, c’est ainsi qu’on l’appelle dans notre Constitution, est indépendante. C’est un des grands principes de notre République qui découle de « l’Esprit des lois » de MONTESQUIEU. Cependant, les moyens dont elle dispose et la politique pénale relèvent du Parlement et du Gouvernement. C’est donc bien à ce niveau qu’il faut décider des moyens budgétaires nécessaires et penser à une meilleure relation entre les services de protection de l’enfance, l’école, la police et la justice.

Quand cela sera réalisé, on pourra communiquer.

jeudi 4 juin 2026

Rassembler pour gagner

Quand voudra-t-on bien considérer que la France, dans son organisation politique depuis des décennies, n’est pas faite pour des primaires. Ce mode de désignation est inspiré de ce qui existe aux Etats-Unis où les candidats démocrates ou républicains, sont élus par les électeurs de ces partis. La culture politique française ne permet pas ce mode de désignation, source d’affrontements ravageurs et de divisions stériles.

C’est dire que la proposition d’Olivier FAURE, Premier Secrétaire du PS, d’organiser une « double primaire » n’est pas adaptée et ne garantit pas, loin s’en faut, la présence du candidat de la Gauche de gouvernement au second tour de l’élection présidentielle. Ce sont plus que des réserves qui se sont exprimées dès cette annonce et cela de la part de responsables socialistes. Il est donc urgent de considérer cette hypothèse comme irréaliste et de passer à autre chose.

Cette autre chose est déjà sur le métier. C’est le programme socialiste tel qu’il est discuté actuellement par les militants socialistes. Il est prévu qu’il soit adopté avant la fin de ce mois de juin. Le PS pourra alors engager une campagne de reconquête de l’opinion en proposant des mesures qui répondront à l’attente de nos concitoyens.

On en connaît les thèmes majeurs : le pouvoir d’achat, la retraite, la protection sociale, la santé, l’environnement, le logement, l’éducation. Ce ne sera pas suffisant car la mise en œuvre de cette nouvelle politique nécessitera un rassemblement le plus large possible des forces de gauche désireuses de gouverner. Les Socialistes n’ont jamais prétendu, dans leur histoire, gouverner seuls. Ils ont toujours recherché des accords politiques. Ne citons, pour mémoire, que 1936 et le Front populaire, 1981 et le programme commun, 1997 et la Gauche plurielle. Si l’Histoire ne se répète pas, on le sait, elle doit inspirer la préparation de l’avenir.

Dans l’hypothèse de la réalisation d’un programme de gouvernement partagé, le temps sera alors venu de désigner celui ou celle qui permettra d’accéder au second tour. On peut regretter que notre système institutionnel limite ainsi la présence au second tour aux deux candidats arrivés en tête au premier tour. Ce dispositif a été imaginé afin de simplifier le choix des électeurs et alors que le paysage politique français n’était animé que par deux courants de pensée majoritaires. Désormais, les extrêmes sont installés dans le débat et il faut compter avec eux. 

Il est évidemment impossible de modifier la Constitution sur cette question, avant avril 2027. Par contre, bien qu’ils ne fassent pas l’élection, les sondages donnent une indication susceptible de faciliter le choix du candidat.

Il n’est donc pas nécessaire de se précipiter pour retenir une formule, la primaire, qui créera plus de problèmes qu’elle n'en résoudra. Procédons par ordre avec la volonté de rassembler pour gagner.