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jeudi 13 octobre 2022

La menace

Monsieur le Président de la République est impatient. Il l’a montré aux téléspectateurs qui, hier soir, ont suivi son interview télévisée.

C’est la grève des travailleurs des raffineries qui indispose le Chef de l’Etat. « Comment ? Qui se permet de créer dans le pays une situation sociale tendue alors que moi, Président, je fais tout pour…qu’il en soit ainsi ! ».

Et oui, la grève des ouvriers raffineurs n’est pas la conséquence de la gêne ressentie par les automobilistes et du risque de paralysie du pays. Elle est bien causée par l’entêtement des responsables des groupes pétroliers, Total et Esso notamment, de refuser une amélioration des salaires de leurs personnels eu égard aux profits qu’ils enregistrent et à l’inflation qui pèse de plus en plus lourdement sur les ménages. Elle est bien causée également par l’entêtement de l’Exécutif à refuser une taxation des bénéfices qui enrichissent les actionnaires de ces groupes au détriment du plus grand nombre. 

Cette nuit, les Députés ont voté une imposition des « superdividendes » versés aux actionnaires. C’est un premier pas d’importance même si le vote définitif du budget est loin d’être acquis. La menace du recours au fameux « 49-3 » pèse toujours sur la démocratie parlementaire. Cette disposition facilite l’action de l’Exécutif. Elle diminue d’autant la responsabilité du Législatif. 

Quand Monsieur MACRON est impatient, il brandit la menace de la réquisition, procédure qui ne règle en rien le problème social posé et qui remet en cause le droit de grève inscrit dans notre Constitution.

Il est vrai qu’en « macronie », la menace semble devenir une pratique habituelle. Ainsi, à l’Assemblée Nationale, la Présidente élue à cette fonction il y a tout juste trois mois, a interdit l’usage dans l’hémicycle des mots de « lâche » ou de « communautariste » lorsqu’ils concernent un Ministre  et  même  de « xénophobe » pour  dénoncer  le  Rassemblement  National.  Elle  est même allée jusqu’à sanctionner les députés « coupables » de les avoir utilisés.

Certains considère que c’est un excès de zèle. C’est avant tout un abus de pouvoir car la liberté de parole est un principe fondamental de notre République. Elle appartient à tous les citoyens et notamment aux parlementaires. S’il y a injure ou diffamation, c’est à la Justice d’en décider si elle est saisie.

De telles évolutions dans les pratiques ne peuvent qu’inquiéter celles et ceux qui sont attachés à nos règles institutionnelles. Serait-ce une dérive de plus vers l’instauration d’une « monarchie républicaine » ?. Dans ce domaine, comme dans de nombreux autres, la vigilance s’impose.