L’éviction d’Olivier NORA de la direction de la Maison d’édition Grasset reprise par le groupe BOLLORÉ suscite une réelle émotion dans les milieux littéraires et médiatiques. Elle est beaucoup plus discrète dans le monde politique. L’extrême-droite lepéniste doit s’en réjouir puisque l’éditeur licencié avait refusé d’éditer un livre écrit par BARDELLA. La Droite, prétendument républicaine, reste silencieuse, considérant que c’est une affaire qui concerne la gestion des entreprises et qu’il n’y a pas lieu de s’en mêler. A Gauche, c’est la presse à travers Libération, l’Humanité ou le Nouvel Obs qui réagit en condamnant cet acte d’ostracisme.
Dans cette affaire, le Parti Socialiste devrait être plus offensif. Au Festival du Livre, jeudi dernier, Olivier FAURE, Premier Secrétaire du PS, a bien exprimé sa solidarité avec le monde de l’édition. Sa déclaration a été relayée… sur les réseaux sociaux. C’est insuffisant.
Le PS a été capable, ces derniers temps, de lancer des campagnes d’opposition aux atteintes envisagées par la macronie contre le 1er Mai, journée symbolique « chômée et payée », ou contre la proposition de la loi de la députée macroniste YADAN qui prétendait lutter contre l’antisémitisme. Dans les deux cas, ce fut réussi puisque le Gouvernement n’a pas voulu l’examen de ces deux textes.
Pour défendre la liberté d’édition, la liberté de la presse, la liberté d’expression, l’organisation de la riposte est une impérieuse nécessité. Alors que les commentateurs imaginent déjà l’arrivée de l’extrême-droite au pouvoir lors de la prochaine élection présidentielle, il est urgent que les Démocrates, les Républicains, défenseurs des libertés individuelles et collectives se mobilisent. Le Parti Socialiste est le mieux placé pour susciter cette mobilisation en vue de défendre les valeurs fondamentales de liberté.
La volonté hégémonique de BOLLORÉ n’est pas seulement économique, elle est d’abord idéologique et sert les racistes, xénophobes, antisémites, fascistes de tous bords qui ambitionnent de diriger la France. BOLLORÉ lui-même a utilisé les colonnes de son journal, le JDD, pour lancer une violente contre-offensive afin de décrédibiliser les éditeurs et auteurs qui s’élèvent contre lui. Il aurait pu le faire sur sa radio, Europe 1, ou sa télévision, CNews. Dans ce dernier cas, il peut s’en dispenser. Les prétendus journalistes, serviles à son égard, s’en préoccupent régulièrement.
Oui, les libertés, nos libertés, sont menacées. Ça n’est pas le candidat à l’élection présidentielle RETAILLEAU, désigné hier par un vote des membres du parti LR, qui en garantira l’exercice. Rappelons-nous que pour lui, l’Etat de droit n’est « ni intangible ni sacré ». Il avait d’ailleurs choisi le JDD de BOLLORÉ pour affirmer cette orientation il y a quelques mois. C’est dire que s’il va jusqu’au bout de sa démarche présidentielle, nous aurons deux candidats d’extrême-droite.
Regrettons que dans le même temps, la direction du PS continue de tergiverser pour décider ou non d’une primaire ouverte avec des partenaires, notamment les écologistes. L’urgence, nous l’avons dit, c’est un projet et un programme décidé par les militants socialistes et rendu public pour répondre aux préoccupations de nos concitoyens.